Vous voulez progresser en alpinisme ? Apprenez à gagner du temps (ou au moins à ne plus en perdre)

Vous voulez progresser en alpinisme ? Apprenez à gagner du temps (ou au moins à ne plus en perdre)

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Le temps. Sacré sujet… Le terme « course » en montagne ou « course » d’alpinisme porte bien son nom. Faire un sommet en alpinisme, c’est souvent une course contre la montre. 

Mr Bean Waiting GIF by MOODMAN

Chaque minute est précieuse pour qu’une ascension de 10 heures ne se transforme pas en sortie de 14 ou 15 heures. Premièrement, c’est déjà bien assez long comme ça, pas besoin d’en rajouter… Deuxièmement, ça peut devenir dangereux : avec la fatigue accumulée, vous finissez par être moins vigilant et vous pouvez prendre de mauvaises décisions. En prime, finir de nuit ou traverser un glacier trop tard dans la journée est franchement déconseillé. 

Le topo-guide indique un temps de course approximatif qui permet de préparer sa sortie mais aussi de juger de son aisance dans le niveau. Si vous explosez le temps du topo dans des itinéraires PD (Peu Difficiles), alors il faut peut-être analyser ce qui vous fait perdre du temps avant d’envisager des courses cotées AD ou D. En un mot : pour progresser en alpinisme, il faut comprendre ce qui vous fait perdre du temps pendant une course en montagne. 

C’est pourquoi, dans cet article, je vous explique : 

  • les 3 moments qui font perdre du temps à l’immense majorité des alpinistes débutants ; 
  • pourquoi marcher plus vite est une mauvaise idée ;
  • comment gagner du temps grâce à la préparation de la course la veille. 

Ce qui fait exploser le temps d’une course et vous empêche de progresser en alpinisme

Tous les débutants passent par les mêmes erreurs qui les empêchent de progresser en alpinisme. Commençons par identifier ces actions qui vous font perdre du temps.  

N°1 : Se perdre pendant la marche d’approche 

Lorsqu’on part du refuge de nuit (parfois mal réveillé après une nuit bien trop courte et agitée), il est facile de louper le chemin et de se perdre pendant la marche d’approche. On peut alors facilement perdre 1 heure, rien que sur cette première partie. 

Pour éviter ça, je vous conseille de repérer, la veille, le début de l’approche. De jour, et quand on a le temps le jour précédent, c’est beaucoup plus facile de voir le chemin. De manière générale, pour éviter de se perdre pendant la marche d’approche, il faut préparer minutieusement sa course d’alpinisme. Mais nous y reviendrons un peu plus tard dans l’article… 

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sécurité sur un glacier
Départ au petit matin, avec les frontales, pour la marche d’approche

N°2 : Être lent sur les transitions 

Une transition en alpinisme est le passage d’un mode de progression à un autre.

Il y a :

Quelles sont les actions à faire qui pourraient nous faire perdre du temps ?

À l’attaque des difficultés, qui est le moment où on passe de la marche d’approche à des reliefs plus verticaux. 

Si la marche d’approche est sur sentier, il faut alors s’encorder, parfois faire des anneaux de buste et « s’équiper » (c’est-à-dire mettre le matériel dont on a besoin sur son baudrier).

Si on passe d’un glacier à du rocher, il faut enlever ses crampons et changer d’encordement. 

Lorsqu’on doit descendre en rappel.

Si on passe d’une progression en mouvement à une descente en rappel, alors on doit retirer ses anneaux de buste et se désencorder pour pouvoir installer le rappel. 

Lorsqu’on arrive sur un glacier.

On doit alors chausser les crampons, sortir son piolet et s’encorder. 

Lorsqu’on doit tirer une longueur pour passer une portion plus raide. 

On doit retirer ses anneaux de buste, utiliser un système d’assurage et parfois installer un relais.

On perd facilement du temps sur ces transitions, car c’est là qu’on doit manipuler le matériel. Pour progresser en alpinisme, essayez d’identifier les gestes que vous faites trop lentement : mettre ou retirer vos crampons, faire ou défaire vos anneaux de buste, installer un rappel ou ravaler la corde, installer un relais ou changer de mode d’assurage… 

Avec l’habitude, vous serez de plus en plus rapide sur ces transitions. Vous n’aurez plus à réfléchir à ce que vous devez faire. Mais quand on débute, c’est important d’anticiper. Par exemple, pendant la marche d’approche, listez dans votre tête ce que vous devez faire dès que vous arriverez à l’attaque de la voie. 

N°3 : Poser trop de protections et ne pas se servir assez de la corde

Lorsque vous progressez sur une arête et qu’il y a un risque de chute, alors il faut protéger votre progression. Pour cela vous pouvez :

  • utiliser du matériel de protection (par exemple : des coinceurs que vous placez dans des failles, ou des sangles que vous placez dans des lunules ou autour de becquets) ; 
  • faire louvoyer la corde entre les rochers, en passant de part et d’autre de l’arête rocheuse. 

Les 2 techniques s’utilisent en même temps, mais les débutants ont tendance à utiliser plus la première que la seconde (car la première semble plus rassurante). C’est dommage, car utiliser la corde au maximum pour protéger votre progression est bien plus rapide et très efficace. 

Progression en mouvement sur une course d’arête

Les 2 fausses bonnes idées pour gagner du temps

Une fois que l’on comprend à quel point chaque minute est précieuse pendant une course d’alpinisme, on a tendance à vouloir gagner du temps à tout prix. Mais cela peut aussi s’avérer contre-productif.

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Marcher vite pendant la marche d’approche 

En marchant un peu plus vite pendant la marche d’approche, vous gagnerez peut-être 10 ou 15 minutes, mais vous arriverez sûrement transpirant et un peu cramé à l’attaque. Résultats :

  • vous payerez cette fatigue dans les difficultés de l’itinéraire et vous perdrez du temps à cause de ça ; 
  • vous risquerez de vous perdre pendant l’approche, car en marchant trop vite on rate facilement les cairns et balises. 

L’approche doit donc se faire à un rythme régulier qui ne puise pas dans vos réserves. Le bon indicateur pour ça, c’est de ne pas transpirer pendant la marche d’approche. 

Les petites flemmes 

C’est bien connu, en montagne les petites flemmes sont interdites

Ne pas mettre ses crampons quand on en a besoin, ne pas ranger son matériel quand on le ramasse, ne pas manger ou boire, ne pas soigner son ampoule… Repousser ces actions pour gagner du temps n’est pas une solution. 

J’ai appris cette leçon en voulant faire une goulotte dans le Vercors. Nous n’avions pas besoin des skis pour l’approche, car la neige était bien dure. Mais nous avons traîné à mettre les crampons, pour ne pas nous arrêter. Résultat, nous nous sommes fatigués pour rien (à faire des marches, et à faire attention à ne pas glisser…). Nous aurions gagné du temps à mettre les crampons dès le début du dénivelé positif. 

Les 3 actions qui vous feront vraiment gagner du temps

Si vous voulez progresser en alpinisme, alors il est temps de se concentrer sur les 3 choses qui vous feront gagner du temps (ou au moins de ne pas en perdre).

Une bonne prépa de course fait gagner beaucoup de temps

Si vous deviez faire une seule chose pour devenir plus rapide et progresser en alpinisme, c’est une bonne préparation de course. Cela vous permet notamment : 

  • d’étudier l’itinéraire sur carte et topo-guide ;
  • de repérer les passages « paumatoires » ; 
  • de télécharger si besoin une trace GPX sur votre application GPS ; 
  • d’identifier les moments de transition et les passages clés
  • de se fixer des barrières horaires pour faciliter les points de décision.

Retrouvez dans cet article les bases de la prépa de course et dans cette vidéo un outil un peu différent mais très efficace pour faire une bonne préparation de course… 

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Check-list d’une préparation de course – Source : https://lesdirtbags.com/

Le départ du refuge

Lorsque, au refuge, le réveil sonne au milieu de la nuit, il faut que vous ayez le moins de choses à faire pour vous préparer. Votre sac est fait, vous n’avez qu’à sauter dans votre pantalon et à prendre votre petit-déjeuner. Si vous traînez à ce moment-là, alors vous risquez de voir toutes les cordées vous passer devant. 

L’idée n’est évidemment pas de se tirer la bourre entre cordées, mais essayez à minima de ne pas vous retrouver dernière un groupe CAF ou UCPA de 10 personnes. Sur certaines courses avec des parties grimpantes où on ne peut pas doubler, ce n’est vraiment pas agréable de se retrouver dernier dans la file d’attente.

La gestion de la cordée et/ou du groupe

Enfin, le temps qu’on met pour faire une course est une affaire de cordée. Pour devenir une « cordée qui roule », il faut apprendre à se connaître sur des courses faciles pour monter progressivement en difficulté. C’est très précieux d’avoir un binôme avec qui la communication est fluide et sur qui on peut compter. Petit à petit, vous connaîtrez les forces et faiblesses de chacun et vous pourrez construire de meilleures stratégies de progression.

Enfin, c’est vrai à 2 et encore plus vrai dans un gros groupe : synchronisez-vous sur les pauses. Si l’un s’arrête pour enlever sa doudoune, il ne faut pas que le deuxième s’arrête 2 minutes plus tard pour enlever la sienne. Communiquez entre vous pour faire les pauses en même temps et éviter de vous arrêter toutes les 5 minutes.

Retenez que, pendant une course d’alpinisme, on est toujours en train de faire quelque chose. Soit on avance, soit on fait une transition, soit on mange, soit on s’habille… Si vous ne faites rien, c’est qu’il y a un problème. Ce conseil est dans la continuité du précédent. Vous ne devez jamais être les bras ballants, mais toujours penser à la suite pour anticiper au maximum.

Vous savez maintenant pourquoi progresser en alpinisme implique d’apprendre à être efficace pour respecter le temps indiqué par le topo. Et si, malgré vos efforts, vous continuez d’être complètement hors temps, n’oubliez pas de débriefer avec votre binôme pour comprendre ce qui vous ralentit ! Partagez-nous en commentaire vos meilleurs conseils pour arrêter de perdre inutilement du temps pendant une course d’alpinisme !

 

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