Roche Faurio : Bilan d’une première course en autonomie

Roche Faurio : Bilan d’une première course en autonomie

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Le 2 et 3 septembre dernier, nous avons réalisé avec des amis notre première course en autonomie (sans guide). Nous avons donc choisi une course facile et réalisable sur un WE : la Roche Faurio ! Je vais donc vous faire un petit compte rendu de notre course et dans un deuxième temps ce que j’ai retenu de cette première expérience.

Cet article est un nouveau format qui comportera une partie plus descriptive et une partie “enseignements” pour vous exposer ce que j’ai retenu et appris. Cette partie enseignements sera forcément plus courte qu’un article entier rédigé sur un sujet précis. Si la première partie ne vous intéresse pas, n’hésitez pas à passer directement à la seconde.

Compte rendu

L’approche

Nous garons la voiture au fond de la vallée de la Vallouise et sélectionnons minutieusement nos affaires en fonction du temps qui ne s’annonce pas clément. N’étant pas complètement équipé de matériel technique je décide de monter en jean avec poncho pour la pluie et pantalon de ski dans le sac pour l’ascension finale (qui était annoncée à -15°C). Nous entamons la marche d’approche à travers les pierres grises et les torrents dévalant la montagne, fuyant le glacier gris et ses séracs plongeant dans la vallée. Déjà, nous sommes fouettés par la neige portée par le vent. Le brouillard nous empêche de distinguer clairement notre destination finale. Il se meut là-haut, suspendu aux montagnes, enveloppant le glacier de froid et de pénombre.

Un petit rayon de soleil pointe entre les nuages.

Nous arrivons sans trop de peine au refuge du Glacier Blanc et nous nous restaurons avant de continuer notre marche dans la moraine. Nous sommes encore mêlés aux randonneurs et aux familles et pourtant nous savons que nos chemins nous mèneront plus haut cette fois. Cette fois, nous passerons un cap. Nous irons narguer le brouillard, le vent et la neige. Nous ferons preuve de cette témérité des alpinistes qui se lancent dans un défi plus grand qu’eux, qui apprivoisent ces géants aux pieds de glace et au squelette de roche. Et c’est ce que nous avons toujours voulu : aller un peu plus haut. En randonnée, le désir surgissait toujours lorsque arrivé au sommet, un autre pic se levait, plus grand et rayonnant de neige. Il était inaccessible. Mais aujourd’hui nous irons plus haut que nous n’avons jamais été. 3730m d’altitude, mon plus grand sommet. C’est une étape pour le bébé alpiniste que je suis !

La randonnée glaciaire

Nous arrivons donc au glacier et nous nous équipons avec excitation et une légère appréhension de la difficulté. C’est notre première randonnée glacière sans guide. Nous initions la marche avec prudence et une concentration portée sur chacune des crevasses qui sont taillées de part et d’autre dans le glacier. Elles sont un peu comme des coups de couteaux porté par la chaleur sur cette immense langue glaciaire immobile. Il y a une sorte de connivence entre le glacier, cette nature indomptable, et nous, pauvres petits humains noyés dans cette immensité. Une relation s’établit et j’étais presque épris de compassion pour cet être inerte, tailladé de toute part par les cicatrices du réchauffement.

Le gardien du refuge nous avait annoncé deux heures de marche jusqu’au Refuge des Écrins mais nous en avons mis facilement trois. Entre la prudence et la joie simple d’être dans un lieu si peu ordinaire nous avons pris notre temps. Et les nuages si menaçants quelques minutes plus tôt semblaient se retirer pour nous offrir quelques rayons de soleil sur notre route. Nous progressons donc dans ce labyrinthe, fascinés par la couleur des crevasses, le bruit des crampons crissant sur la glace et le soleil glissant sur notre peau. Nous arrivons finalement au Refuge des Écrins soulagés et enhardis par notre premier jour qui s’est déroulé sans accroc. A peine ai-je ouvert la porte que je suis enveloppé par les rires et la chaleur émanant de la salle à manger. Nous mangeons un repas chaud bien mérité et après une petite partie d’échec nous filons au lit : il est déjà 21h30 ! 

L’ascension de la Roche Faurio

Lever 4h30. Après avoir rêvé que le bord de mon lit était une crevasse dans laquelle je glissais, je me réveille. On n’est pas sûr d’avoir réellement dormi à un moment de la nuit. Le refuge s’active comme une fourmilière. Les gens se pressent pour être les premiers à partir et ne pas bouchonner dans la montée. Après un petit déjeuner froid et salé (les mêmes sandwichs que la veille), nous nous équipons et sortons affronter le froid et le vent. Nous sommes fin prêts.

Nous commençons à descendre les quelques 100m qui séparent le refuge du glacier. Je lève la tête et admire le ciel étoilé, vierge de tout nuage. La journée s’annonce magnifique. Des dizaines de frontales brillent dans la nuit comme pour faire écho aux étoiles. La procession des alpinistes qui descendent pour atteindre le glacier à quelque chose de religieux. Seuls nos crampons raisonnent dans la nuit. La glace répond parfois d’un craquement sourd. Derrière nous, l’horizon mordu par les pics noirs se colore timidement des premières lueurs du soleil.

Nous arrivons au pied de la Roche Faurio et entamons la montée dans la neige fraîche déjà marquée des premières traces.  Nous évitons soigneusement les crevasses et traversons prudemment quelques ponts de neige. Le soleil nous accompagne dans notre ascension, il s’élève lui aussi, vers le ciel. Les deux seuls nuages rougissent de leur impertinence dans ce ciel pur. L’un d’eux prolonge la Barre des Écrins d’un trait rose. Nous atteignons enfin l’arrête et gagnons l’antécime juste derrière les deux premières cordées de la journée. En regardant des étrangers (qui avaient l’air un peu plus expérimenté que nous) tenter l’arrête sommitale, nous décidons de rester où nous sommes. La vue est plongeante, splendide. 

Le retour

Le soleil est maintenant haut dans le ciel, il est aux alentours de 8h du matin. Nous entamons la descente toujours portés par l’extase et cette joie indicible d’être à notre place. Nous assurons nos pas et parvenons au Glacier Blanc pour rejoindre le Refuge des Écrins. Pendant que mes coéquipiers remontent au refuge chercher leurs affaires (laissées pour être moins lourd dans la montée), je m’autorise une sieste au soleil. Nous redescendons le glacier et en profitons pour ramasser un sac entier de déchets des années 80 qui traînaient un peu partout sur le chemin le plus emprunté du glacier. Nous regagnons le Refuge du Glacier Blanc, mangeons nos derniers sandwichs et redescendons jusqu’à la voiture pour siroter une bière au soleil. 

Bilan pratique

Matériel

Je ne reviendrai pas sur la liste de matériel que j’avais déjà évoqué et dont on peut trouver une version assez complète sur camptocamp.

Je voulais simplement revenir sur les trois points suivants :

  • Matériel pour la nuit en refuge :
    • Je n’y ai pas pensé avant mais il est très judicieux de se munir de : boules quies, masque de nuit, drap de sac, une frontale, votre doudou. Veillez également à garder vos affaires chaudes pas trop loin si jamais vous devez sortir pour une envie pressante.
    • Pour plus d’informations sur les refuges ou les nuits en bivouacs vous pouvez aller lire l’article de François de Randonner Malin.
  • Repas :
    • Les sandwichs avec tomates, feta huile d’olive et autres crudités, c’est bon ! Le problème avec les tomates c’est que votre sandwich sera très mou à cause de l’eau qu’elles contiennent. L’avantage des tomates c’est que votre sandwich sera très mou … eh oui ça l’empêche également de rassir. Si vous voulez gagner de la place et du poids vous pouvez prendre des sachets de nourriture lyophilisé, c’est moins glamour que le combo saucisson-fromage mais parfois on a pas le choix…
    • Veillez à vous munir de pastille de purification d’eau : les refuges n’ont pas toujours d’eau potable et ils utilisent souvent de l’eau de fonte. J’ai failli tomber malade parce que j’en avais bu, ça aurait été un peu bête de faire tout ce chemin pour ne pas monter le lendemain.
  • Partir en jean : une bonne idée ?
    • J’avais quelques appréhensions sur la montée en jean. Je ne suis pas encore bien équipé et j’ai donc dû me résigner à utiliser mon jean-à-tout-faire. J’ai été agréablement surpris, je n’ai souffert du froid à aucun moment et je n’étais pas gêné dans ma progression. Le jean étant un tissu résistant à l’abrasion (beaucoup utilisé en moto par exemple) il sera assez protecteur en cas de chute/glissade contre de la glace. Je dois cependant préciser que j’avais des guêtres et que ces dernières m’ont quand même tenu chaud au niveau des mollets et chevilles. Evidemment le jean sera moins agréable et moins approprié qu’un pantalon spécialisé mais je pense qu’il offre un bon compromis au pantalon de ski trop chaud. Si vous n’avez rien d’autre ou/et que vous n’avez pas encore investi, le jean pourra donc s’avérer utile. Si par contre vous rencontrez de la pluie, il est à éviter car pas du tout imperméable. A utiliser qu’en cas de beau temps donc !

Technique

Nous avons utilisé les techniques de bases apprises à l’école de glace comme décrit dans cet article.

Voici donc les quelques leçons que j’ai tirées de cette expérience :

  • Ne pas mettre les anneaux de bustes en dessous du sac : cela compliquerait leur mobilisation en cas de problème !
  • Apprendre à grouper et bloquer les anneaux de bustes ensemble peut être utile pour enlever les anneaux puis les reprendre directement (pour chercher un objet dans le sac par exemple).
  • Lors de la marche sur une arrête il est intéressant de raccourcir la longueur de corde entre les compagnons de cordée. En effet dans ce cas, la corde sert plus à retenir un déséquilibre qu’à stopper véritablement une chute. Dans ce cas il peut être utile de réaliser un nœud bloquant les anneaux de corde pour ne pas se faire scier les doigts si le coéquipier chute. 
  • Lors de la progression sur glacier ou en terrain un peu crevassé, j’ai apprécié que mes compagnons me préviennent quand ils franchissaient un passage délicat (pont de neige, crevasse…). Etant premier de cordée à un moment de la course, je ne voyais pas mes amis derrière moi et je souhaitais pouvoir me tenir prêt à toute éventualité. 

Bilan sur la course

La Roche Faurio est une course idéale pour débuter l’alpinisme. Elle est fréquentée et ne comporte pas de difficultés particulières à part peut-être les 10 derniers mètres pour arriver au sommet qui sont un peu délicats et que nous n’avons pas fait.

Cette course pourra vous initier à la randonnée glaciaire et à naviguer entre les crevasses. Elle vous apprendra à vous orienter sur un glacier et à progresser avec un piolet, des crampons et une corde attachée au baudrier. La Roche Faurio est aussi une course mixte sur la fin avec une petite partie en rocher, donc si vous souhaitez tester vos capacités sur ce genre de terrain cela peut être un bon début (même si la partie rocher est quand même très courte).

N’hésitez pas à me dire en commentaire quelle a été votre première course et ce que vous en avez retiré !

 

 


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8 réactions au sujet de « Roche Faurio : Bilan d’une première course en autonomie »

  1. Beau recit, cette poesie qui se degage de cette prose me rappelle de beaux souvenirs.
    Je me suis auto initié à l’alpinisme en réalisant l’ascension du Cervin pour ma première course !
    Bonne continuation !

    1. Merci Roger pour ce commentaire !
      Le Cervin devait être exigeant pour une première course ! J’envisage de le faire une fois que j’aurai un peu plus d’expérience 😉 .
      A bientôt !

  2. Salut! Ton article est cool, et c’est amusant de voir ton état d’esprit tout émoustillé face à la découverte de l’alpinisme 😉
    Je me permets de corriger une erreur que tu fais au début de l’article. En effet, les glaciers sont loin d’être inertes, et une crevasse n’est pas spécialement liée à la chaleur (qui déclenche une fonte uniforme de la glace sur toute sa surface et non en “coups d’épée”). Le glacier agit comme une rivière au ralenti, et coule de même, ainsi, la déclivité de la roche de son lit (la moraine comme tu le sais) va altérer son cours, et lorsqu’il y a rupture de pente (un verrou glaciaire dans le jargon) se forment les crevasses et autres séracs…

    Continue l’alpinisme et les articles! 🙂

    A bient’haut!

    1. Salut Loup,

      Merci pour ton commentaire ! Eh oui c’est un bonheur de découvrir ce monde, ça me rend toujours “émoustillé” comme tu dis 😉
      Merci beaucoup pour cette précision ! Je ne connaissais pas ce mécanisme en profondeur, peut-être l’occasion d’un prochain article 😉

      A plus !

  3. Bonjour, Merci pour cet articile, j’ai egalement commencé l’alpinisme par cette ascension, et je ne regrette, car ceux d’en face (le dôme) etaient dans les nuages !
    J’ai aussi gravi le passage rocheux qui va jusqu’au sommet, vertigineux, mais passage plutot horizontal.
    Un guide etait passé avant pour nous assurer, il ne faut pas “trop” réfléchir, mais le plaisir est total, d’avoir réussi, ce petit supplément, quand 90% des cordées restent en haut de l’arrête.
    je découvre ce site, hâte de le parcourir plus en profondeur…
    kenavo

    1. Bonjour Jouan,
      Merci pour votre commentaire !
      Chapeau pour avoir fait cette dernière partie de Roche Faurio ! J’avoue que j’aimerais y retourner rien que pour finir véritablement cette course 😉 Maintenant que je gagne en expérience je me sens plus à l’aise pour la faire. C’est un peu la cerise sur le gâteau !
      A bientôt !

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