Le matériel pour débuter l’alpinisme : peut-on être minimaliste ?

Le matériel pour débuter l’alpinisme : peut-on être minimaliste ?

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En alpinisme, le matériel coûte cher… En prime, quand on débute l’alpinisme, il y a beaucoup de choses à acheter. Tu dois donc t’équiper petit à petit.

Nous recevons beaucoup de questions concernant le matériel pour débuter l’alpinisme et c’est, de toute évidence, une préoccupation majeure.

Pourtant, quand on débute l’alpinisme, il me semble plus important de se concentrer sur le développement de ses connaissances en alpinisme plutôt que sur l’accumulation de matériel. C’est un idéal (et je suis la première à acheter du matériel pour me rassurer ou juste pour me faire plaisir). Mais essayons de nous rappeler qu’un bon alpiniste sait tirer le meilleur parti d’un équipement limité et polyvalent.

Apprendre les techniques de base et gagner de l’expérience en montagne est bien plus utile que d’avoir une multitude de gadgets. Pour t’aider à t’équiper intelligemment, cet article t’apprendra :

  • comment quitter la course au suréquipement et être un alpiniste minimaliste ;
  • 5 choses que tu peux faire avec peu de matériel et qui pourront te sortir de nombreux mauvais pas ;
  • la liste du matériel polyvalent dont tu as besoin pour démarrer.

Comment être un alpiniste minimaliste ?

Compétences vs matériel : savoir faire beaucoup de choses avec peu de matos

Cela semble évident, mais rappelons-le une bonne fois pour toutes : il vaut mieux mettre l’accent sur le développement de tes compétences en alpinisme plutôt que sur l’accumulation de matériel.

Donc si tu débutes l’alpinisme, plutôt que de te demander quels friends ou quels piolets tractions acheter, apprends plutôt les techniques de base qui assureront ta sécurité. En voici 3 pour commencer.

  1. Le cramponnage. Cette technique consiste à marcher ou à grimper sur des surfaces glacées ou enneigées à l’aide de crampons fixés à tes chaussures. En maîtrisant le cramponnage, tu réduiras drastiquement le principal risque sur un glacier : la chute ! En outre, cette compétence te permettra d’économiser de l’énergie en te déplaçant efficacement.
  2. L’assurage en mouvement. Cette compétence englobe plusieurs techniques qui te permettent de progresser en sécurité pendant une course rocheuse. En maîtrisant l’assurage en mouvement, tu pourras réduire les risques de chute et te déplacer en toute confiance avec ton compagnon de cordée.
  3. La préparation de course. C’est une étape essentielle pour réussir une ascension en montagne. En apprenant à analyser les conditions météorologiques et nivologiques, à évaluer les risques et à étudier l’itinéraire le plus approprié… Tu seras en mesure de prendre de meilleures décisions sur le terrain.

Ces 3 compétences sont incontournables pour débuter l’alpinisme.

Une compétence très utile pour 2 raisons

Adopter une approche minimaliste en alpinisme offre de nombreux avantages, notamment en termes de performance et de sécurité. Voici deux raisons majeures qui font du minimalisme une compétence précieuse en montagne.

  • Tu pourras tirer le meilleur parti de ton équipement tout en restant léger et efficace. En te concentrant sur l’essentiel et en évitant de surcharger ton sac à dos avec du matériel inutile, tu pourras gagner en agilité et en endurance lors de tes ascensions. Un sac à dos plus léger réduit la fatigue et permet de te déplacer plus facilement. C’est est particulièrement important dans des situations où le temps et l’énergie sont des facteurs critiques.
  • Tu seras capable de résoudre des problèmes avec les moyens du bord. Savoir faire plein de choses avec peu de matériel t’offre une grande capacité d’adaptation face aux défis que la montagne peut présenter. Tu seras ainsi en mesure de faire face à des obstacles inattendus ou de réagir rapidement face à un danger potentiel.
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3 choses à apprendre pour utiliser au mieux ton matériel pour débuter l’alpinisme

N°1 : Utiliser la corde au maximum

Savoir se longer avec la corde en faisant un cabestan

En escalade, on a l’habitude d’utiliser une longe pour se sécuriser au relais. Mais en alpinisme, il est plus courant de se longer directement avec la corde. Pour cela, il faut :

Magazine escalade et alpinisme en ligne: Noeud escalade: Cabestan en 2023 |  Noeud escalade, Noeud, Escalade
Cabestan – Source https://www.nospot.org/
  • prendre la corde qui part de ton baudrier (logique, c’est bien toi que tu veux sécuriser) ;
  • faire un cabestan sur un 1 mousqueton à vis ou automatique (en gros : un mousqueton qui se verrouille) ;
  • accrocher le mousqueton au relais comme tu le ferais avec ta longe.

Démonstration ici : https://www.youtube.com/watch?v=YVCch5ziHws

Résultat : Plutôt que d’avoir 1 anneau de corde + 1 longe, tu peux avoir seulement 1 anneau de corde (très pratique pour faire un relais). Et si tu dois descendre en rappel, tu utilises cet anneau de corde en longe pour pouvoir descendre en sécurité.

Faire un relais avec la corde autour d’un becquet

Les becquets sont des protubérances de roche qui peuvent être utilisées pour installer un relais.

  • Plutôt que d’installer ton anneau de corde autour du becquet, te vacher à ton relais, et ravaler la corde pour faire venir le second.
  • Tu peux au contraire : entourer le becquet avec ta corde (tu es ainsi sécurisé) et continuer d’enrouler la corde autour du becquet pour faire venir ton second (ainsi il est lui aussi assuré).

En revanche, cela ne fonctionne que si :

  • c’est ton second qui passe devant pour la suite, car ça te permettra de l’assurer en déroulant de nouveau la corde petit à petit (tu fais ainsi un changement de leader en n’utilisant aucun autre matériel que la corde) ;
  • tu es sur un terrain rocheux facile par rapport à ton niveau (le risque de chute doit être faible pour utiliser cette technique).

Pense bien à vérifier la solidité du becquet avant de t’en servir !

Assurer une progression en mouvement en mettant un minimum de points dans le rocher

Pendant une course rocheuse, le leader avance (le plus souvent) en faisant louvoyer la corde entre les rochers pour pouvoir protéger les membres de la cordée en cas de chute. Si cette technique n’est pas suffisante pour protéger d’une chute éventuelle, alors on pose des points (sangle, câblé, coinceur mécanique…). Cette utilisation de la corde est incontournable, car elle permet de réduire la charge de l’équipement et de rendre la progression plus rapide et plus fluide.

Savoir communiquer grâce à la corde

La corde est le meilleur moyen de communication entre les membres d’une cordée. Elle permet de se comprendre et d’évoluer en sécurité sans radio (voilà un équipement de moins). J’ai rédigé un article consacré à ce sujet : POURQUOI VOUS DEVRIEZ ARRÊTER DE CRIER QUAND VOUS FAITES UNE GRANDE VOIE. (ET POURQUOI C’EST UNE BONNE HABITUDE À PRENDRE POUR FAIRE DE L’ALPINISME).

Remplacer du matériel par un autre…

Dans certaines situations, il peut être nécessaire de remplacer un élément de ton équipement par un autre, notamment pour faire face à un imprévu. Voici 2 exemples de substitutions ingénieuses que tu peux réaliser.

Remplacer un mousqueton à vis ou automatique par 2 dégaines

Un mousqueton est un anneau métallique équipé d’une ouverture facile. Une dégaine, quant à elle, est composée de deux mousquetons légers et sans verrouillage. Ces deux mousquetons sont reliés par une sangle. Dégaine et mousquetons verrouillables ne sont pas utilisés pour faire la même chose.

  • Le mousqueton verrouillable (ou mousqueton de sécurité) est utilisé principalement pour installer un relais, pour te longer ou pour assurer ton binôme.
  • La dégaine et les mousquetons non verrouillables (ou mousqueton de progression) sont utilisés (comme leur nom l’indique) lors de la progression, pour passer facilement la corde.
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S’il te manque un mousqueton qui se verrouille, tu peux le remplacer en opposant 2 mousquetons de progression. Pour cela, oriente les doigts (les parties mobiles) des mousquetons dans des directions opposées.

Remplacer son descendeur par un mousqueton de sécurité et un demi-cab

C’est fâcheux, mais il peut arriver que tu fasses tomber ton descendeur pendant l’ascension. Cela te laisse dans une situation délicate pour assurer ton binôme ou descendre en rappel. Dans ce cas, tu peux utiliser un mousqueton de sécurité et un demi-cabestan pour improviser un système d’assurage ou de rappel.

Escalade.best - Cabestan et demi-cabestan
Demi-cabestan – Source https://www.nospot.org/

Pour assurer ton second sans descendeur, tu peux :

  • prendre un mousqueton de sécurité de forme D ou HMS, de préférence en acier, suffisamment grand pour être facilement manipulé ;
  • accrocher le mousqueton au pontet central de ton baudrier ou au relais (en fonction de la situation) comme tu le ferais pour assurer avec un descendeur ;
  • faire un demi-cabestan avec la corde sur le mousqueton. Voici une vidéo qui t’explique comment faire ton demi-cabestan : https://www.youtube.com/watch?v=DJ-2WQId9To ;
  • t’assurer que la corde est correctement placée et que le demi-cabestan est serré avant de t’en servir pour assurer ou descendre en rappel.


Sache que cette technique augmente les frottements. Elle ne doit donc être utilisée qu’en cas d’urgence, et seulement si tu n’as plus de reverso ! Si tu perds ton reverso dans la première longueur, rentre chez toi et va lire un bon bouquin dans ton canapé. Surtout ne continue pas en te disant que tu vas utiliser cette méthode pendant toute la course.

Tout ce que tu peux faire avec un bout de cordelette de fond de sac

La cordelette est un élément simple mais extrêmement polyvalent que tout alpiniste doit avoir dans son sac à dos. Personnellement, j’ai une cordelette de 5 mm de diamètre et 7 mètres de longueur. Cette cordelette est pensée pour les alpinistes et doit être achetée en magasin de montagne. Ne prends pas de la cordelette lambda que tu as chez toi ! En cas d’urgence, un bout de cordelette peut te sortir de nombreuses situations délicates. Voici quelques utilisations courantes pour une cordelette en montagne.

  • Si tu te trouves face à un relais non chaîné ou un relais sur becquet avec des cordelettes en piteux état, tu dois utiliser un anneau de cordelette pour sécuriser à nouveau ton relais.
  • Si tu perds ou endommages le ficelou qui te permet de faire ton nœud autobloquant, utilise la cordelette pour en réaliser un de remplacement.

La polyvalence de la cordelette en fait un élément indispensable pour tout alpiniste. En ayant toujours un bout de cordelette à portée de main, tu seras mieux préparé à faire face aux imprévus.

La liste ultime du matériel polyvalent pour débuter l’alpinisme

Comment choisir son équipement pour débuter l’alpinisme

Il est tout à fait normal de t’équiper petit à petit, en fonction de tes besoins et de ton budget. Chaque année, tu pourras ajouter de nouveaux éléments à ta liste de matériel au fur et à mesure de tes progrès et de tes objectifs. L’important est de commencer avec l’essentiel et d’éviter d’investir dans des équipements superflus.

Choisir le bon matériel est crucial pour pratiquer l’alpinisme de manière minimaliste. Équipe-toi uniquement avec les éléments essentiels, en privilégiant la qualité et la polyvalence. Voici une liste pour t’aider à trouver le bon matériel pour débuter l’alpinisme.

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Liste de matériel pour débuter l’alpinisme

Ceci n’est pas la liste pour toutes les courses. Le matériel doit toujours être adapté à la course prévue et au niveau de difficulté. Prends plutôt ceci comme la liste au père Noël si tu veux débuter l’alpinisme.

Achats prioritaires (le matos perso de confort qui n’est pas très agréable à louer)

  • Chaussures d’alpinisme : des chaussures semi-rigides cramponnables. Retrouve ici comment choisir tes chaussures d’alpinisme.
  • Sac à dos : un sac à dos d’alpinisme d’une capacité de 30 à 40 litres, avec des porte-piolets et un porte-casque pour faciliter le transport de ton matériel.
  • Vêtements techniques : des vêtements techniques adaptés aux conditions météorologiques, comprenant une veste imperméable et respirante, un pantalon d’alpinisme, des gants, un bonnet et des lunettes de soleil catégorie 4.
  • Baudrier : un baudrier léger et confortable avec plusieurs porte-matériels pour organiser ton équipement. Attention aux baudriers trop light qui n’ont pas de bons porte-matériels.
  • Casque : un casque d’alpinisme léger et bien ventilé pour te protéger la tête des chutes de pierres, ou si tu tombes.
  • Système d’assurage : un assureur-descendeur polyvalent, compatible avec les cordes à double, pour assurer ton compagnon de cordée et descendre en rappel + un ficelou (petit anneau de sangle pour faire un nœud autobloquant).

Ensuite, quand tu en auras marre de louer, tu pourras acheter les articles suivants :

  • Crampons : des crampons à 10 ou 12 pointes, polyvalents, adaptés à la marche sur glacier et à l’escalade mixte.
  • Piolet : un piolet droit adapté à la marche sur glacier.
  • Broche à glace de 17 cm avec son mousqueton de progression et sa sangle de 120 cm.
  • Mousquetons : 4 mousquetons de sécurité.
  • Sangles : 3 sangles de 120 cm et autant de mousquetons de progression.
  • Anneaux de corde : environ 8 mm de diamètre et 120 cm de long une fois la boucle fermée (donc sans compter les nœuds).


Enfin, en dernier (car au début, tu utiliseras le matériel du groupe pendant tes stages ou celui d’un binôme plus expérimenté) :

  • Kit secours crevasse.
  • Corde : 2 cordes multilabels de 50 ou 60 mètres.
  • Matériel de progression : un jeu de câblés et quelques coinceurs mécaniques pour protéger les passages grimpants et constituer des points d’ancrage.
 

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